Miroir
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Du miroir de métal au miroir de verre

L'histoire du miroir semble avoir commencé avec la préhistoire, le premier fût certainement composé par le simple reflet obtenu dans une eau claire et calme. L'homme usa également de mille et un artifices pour tenter d'aperçevoir son image, avec l'utilisation de pierres polies et noires, de cuvettes remplies d'eau... pour compléter l'image que seule son ombre lui permettait d'avoir sommairement de lui-même. Les civilisations antiques, installées sur les pourtours de la Méditérranée seront les premières à fabriquer des "miroirs" en métal...


L'Antiquité et les premiers miroirs en métal

Les Egyptiens, Romains, Etrusques, Grecs, furent les premiers à fabriquer des miroirs. Ces civilisations anciennes, avides et ferventes de beauté, de grâce, de représentations et d'images recherchèrent à l'aide de miroirs fabriqués en métal et notamment en bronze poli à disposer d'une représentation d'eux-mêmes. Les mythes de Narcisse et de Persée sont les témoins imaginaires de cette quête, avec les miroirs retrouvés dans les fouilles, généralement de petite taille et constituant les premiers objets fabriqués pour offrir une surface réfléchissante. Certaines représentations peintes ou sculptées témoignent également de cette utilisation, représentant des individus se mirant à l'aide de ces accessoires. Les miroirs suivants les plus précieux furent réalisés en argent et d'autres encore plus rares, en or avec pour ceux à poser un pied, et pour ceux à main, un manche, décorés et gravés à la façon d'objets précieux. Ces miroirs outre qu'ils n'étaient qu'assez peu réfléchissants présentaient également l'inconvénient d'être sensibles à l'oxydation, à l'encrassement et surtout aux rayures. Les Romains perfectionnèrent ces miroirs en leur donnant de multiples formes, à manches, à pieds, sous boîtiers et l'on rapporte que les femmes les plus distinguées de Rome ne pouvaient plus se passer de leur miroir. Dans les demeures des hommes les plus riches, certains miroirs pouvaient atteindre la taille d'un individu, de sorte à ce que l'on puisse s'y voir en entier. L'obsidienne, une pierre volcanique noire aux pouvoirs réfléchissants était également utilisée par les romains, qui s'en servaient pour fabriquer d'autres types de miroirs au reflet plus précis mais également plus sombre. On retrouvera également des miroirs confectionnés à l'aide d'escarboucle (gemme rouge vif) ou d'émeraude.

Les premiers miroirs utilisant le verre arrivent bien plus tard. Il faut en effet attendre le IIIème siècle de notre ère avec des réalisations provenant de fouilles archéologiques réalisées en Egypte, en Gaule (notamment à Reims), en Germanie et en Asie Mineure. Plus proche du médaillon que du miroir au sens où nous l'entendons aujourd'hui, leur diamètre n'excédait pas 7 cm. Un tain de plomb fondu, une couche d'étain ou d'or étaient complétés par une capsule de verre obtenue à l'aide d'une canne à souffler. Le verre était d'une très piètre qualité et les qualités réfléchissantes de ces miroirs n'étaient pas meilleures que celles des miroirs réalisés à l'aide de métal ou d'alliages. Ce procédé sera celui utilisé durant plusieurs siècles encore, avec toujours un résultat assez peu probant.

Les premiers miroirs de verre

La difficulté inhérente à la fabrication d'un miroir en verre est que ce dernier se cassait lorsque l'on étalait la couche métallique chaude, en raison d'un choc thermique trop important. Les miroirs ainsi fabriqués étaient de toute petite taille et les progrés techniques réalisés infimes. Le verre de l'époque, composé de sable et comportant de l'oxyde de fer, manquait de clarté et était bien trop opaque pour que l'on puisse obtenir des miroirs dignes de ce nom. C'est au Moyen-Âge que des progrès sont obtenus, par les verriers de l'époque qui ajoutent des cendres de fougères, de la chaux et du manganèse qu'ils mêlent à la soude et à la potasse. Les verres, s'ils gagnent en décoloration et transparence manquent fortement de régularité et d'aplat. Les méthodes de soufflage se perfectionnent, notamment avec une technique visant à imprimer un mouvement rotatif rapide au verre qui ainsi évasé permet la découpe de petits carrés réguliers qui servent à la fabrication de vitraux sertis de plomb.

La technique dite du cylindre où l'on travaille le verre sur une forme cylindrique permet enfin une production au rendu assez régulier, avec une épaisseur uniforme et suffisante, après étalement du tronçon obtenu sur une sole plane. Cette technique est complexe, avec un taux de casse très élevé qui dissuade les verriers de l'utiliser de façon abondante. Marie de Médicis fit changer les carreaux de ses fenêtres par du verre blanc ainsi fabriqué ce qui représentait un travail et un coût pratiquement impensables. Au XVIIIème siècle, l'emploi de papier huilé en guise de carreaux de fenêtres reste encore la règle et les demeures et châteaux utilisant le verre blanc font figures d'exceptions. Les miroirs étamés au plomb, que les Florentins savaient appliquer à froid, ont au fil des siècles été améliorés par le biais de divers procédés, notamment en le remplaçant par de l'étain, puis du vif-argent (nom ancien donné à l'étain). L'argenture au mercure était également employée. Tous ces miroirs en verre, restent des objets précieux et de faibles dimensions, les miroirs d'acier restent encore majoritairement utilisés pour ce qu'il s'agit de la toilette.

Ces miroirs de verre restent donc des objets de luxe et de décoration. Leur fabrication relève encore de l'art de l'alchimie et non de la simple technique. Les lorrains et les vénitiens se disputèrent la primauté de la fabrication du verre. Ce sont les ouvriers de Murano qui les premiers réussirent à fabriquer un verre blanc et pur qu'ils nommère le cristallin car il reprenait la transparence et l'éclat du cristal de roche. Les verreries de Bohème deviennent également célèbres dès le XVIème siècle. Venise ou plus particulièrement l'ile de Murano va acquérir une réputation sans pareil qui saura attirer les meilleurs ouvriers du nord de l'Europe et éclipser ses concurrents grâce à un essor extraordinaire. A force de recherche les maîtres-verriers de Murano découvrent la formule du verre silico-alcalin (à base de silicate de potasse et de chaux) et fabriquent des verres dont les qualités ne seront pas égalées avant le XIXème siècle. Ils améliorent également la technique de mise au tain avec un amalgame d'étain et de mercure. Les premiers miroirs de grande qualité produits à Venise sont extrêmement coûteux, mais ils feront la richesse de la ville pour plusieurs siècles. Pour autant qu'elle fabrique les miroirs les plus purs, les plus beaux et les plus luxueux du monde, qu'elle exporte dans toute l'Europe mais également en Asie, Venise ne parvient pas à dépasser la taille d'environ 1,2 mètre, la technique employée du verre soufflé ne le permettant pas. Sa domination et son savoir-faire seront ainsi remis en cause, mais bien plus tard, par des concurrents venus de France et de Bohème.

Naissance de la manufacture française de miroirs

C'est François Ier qui prendra dès 1530 divers décrets destinés à protéger la manufacture verrière française, au moment où l'Italie, souffrant d'une crise et d'une hémorragie de ses devises, voit certains de ses spécialistes et maîtres de l'Art de la verrerie franchir les frontières voisines pour chercher des cieux plus cléments, tout du moins du point de vue économique. Les premières  créations seront ainsi qualifiées de "Verreries et miroirs façon Venise". Henri II poursuivra la politique de son père en offrant des privilèges à un verrier Bolognais, Theseo Mutio, qui demandera à ce que son Art fût protégé de contrefacteurs et imitateurs. Venise tente alors de se protéger en interdisant l'exportation des outils et instruments nécessaires à la fabrication du verre. Henri IV poursuivra cette politique de facilitation de l'apparition d'une manufacture française du miroir en accordant aux verriers de titres de noblesse y compris aux ressortissants de pays étrangers. Plusieurs installations de verriers italiens, venus de Murano, se succédèrent sur le sol français, y compris et dans la continuité du mouvement initié, sous Louis XIII, mais ne permirent pas de reproduire à l'exacte manière le savoir-faire de verriers de Murano, les expatriés refusant de transmettre leur savoir-faire aux ouvriers français. En 1632, Bastian de Nadal, proposa, fort de son savoir-faire acquis à Udine, d'enfin fabriquer des miroirs avec les recettes des fabricants vénitiens, mais l'ambassadeur de Venise ayant été alerté, mit tout en oeuvre, promesses et menaces, et réussit à ce que Nadal regagne son Italie natale. Face à ce statu quo, c'est Colbert qui supprimant les privilèges accordés à de multiples verriers, réunira toutes ces ressources pour créer une verrerie d'Etat. C'est ainsi que nait en 1662 la Manufacture Royale des Glaces et Miroirs avec la bénédiction de Louis XIV. Cette entreprise met en oeuvre le travail conjoint d'artistes italiens et de verriers français. L'affaire tournera au roman d'espionnage industriel avec les décès successifs et particulièrement bloquants de deux des artistes vénitiens qui avaient rejoint les rangs de la manufacture. Une autopsie sera demandée car Colbert soupçonne que la Sérennissime République ne soit derrière ces deux disparitions brutales. Durant ce temps, les importations françaises de miroirs continuent de croître car la demande est très forte ce qui crée, avec les importations de dentelles, un déficit commercial important entre la France et Venise au profit de cette dernière. Venise protège son Art et sa source de richesse avec véhémence et force, ainsi si un ouvrier devait s'en aller dans un pays étranger et ne pas obéir aux ordres de secret et de retour à Venise, les siens seront emprisonnés et un émissaire sera chargé de le tuer, ses parents n'étant remis en liberté qu'après sa mort. C'est ainsi que les deux transfuges employés à la Manufacture françaises ont vu les domiciles de leurs passeurs italiens perquisitionnés et ont été sommés par l'Ambassadeur de Venise à Paris de rentrer à Venise. Colbert réussira tout de même au prix de manoeuvres d'espionnage et de débauches d'ouvriers en territoire vénitien à recruter une vingtaine d'employés qualifiés pour la Manufacture et c'est uniquement en 1666 que sortira le premier miroir sans défaut de cette même manufacture. Toutefois Venise ne lâche rien et continue autant que faire se peut à entraver le développement de cette manufacture française. Colbert organisera une visite des ateliers pour le roi Louis XIV pensant ainsi rendre le processus irréversible. Mais ce stratégie ne porte pas les fruits attendus. Colbert tentera de rassurer les employés muranais en proposant à leurs femmes et enfants de les rejoindre en France, mais les courriers interceptés par la police vénitienne donnent lieu à des réponses contrefaites indiquant qu'à contrario leurs familles leur demandent de rentrer en Italie pour examiner la situation. Colbert réitérera à nouveau sa tentative de ramener femmes et enfants en France, la police vénitienne sera à nouveau en interception, mais sera bernée par les personnes concernées qui quitteront l'Italie de façon très discrète. Venise fait alors savoir que les glaces sortant de la Manufacture Royale française ne résistent pas au froid, ni d'ailleurs à la chaleur, ce qui est faux, mais gêne terriblement l'essor de la production. Colbert semble tout de même avoir gagné son pari, mais un rapport financier vient assombrir ce tableau avec des résultats catastrophiques, les ouvriers muranais ayant des prétentions exorbitantes et ne fournissant pas le travail attendu. Les dissensions se creusent entre employés de la manufacture des glaces, qui se scindent en deux camps. La garde royale devra intervenir pour réprimer une rixe où les adversaires s'affrontent à l'aide d'arquebuses. De nombreux ouvriers sont blessés et la production est à l'arrêt. Après les deux décès suspects des deux ouvriers muranais, les autres ressortissants venitiens craignent pour leur vie. Nombreux repartirons en Italie où Venise, dans le respect de sa promesse les laissera à nouveau exercer leur métier, mais où leurs confrères verriers et compatriotes leur mèneront une vie on ne peut plus dure. C'est à force d'expériences et de tatônnements que la Manufacture française des glaces royales finira par enregistrer ses premiers succès quelques années plus tard , et finira par produire des glaces d'aussi belle qualité que celles faites à Venise y compris avec des tailles supérieures ce qui est en soit un exploit. Quelques années plus tard, en 1682, la Galerie des Glaces de Versailles sera ouverte au public, fera la fierté de la France et symbolisera l'éclat de son Roi, Louis XIV, le Roi Soleil. Cette galerie et l'événement de sa présentation constituent la plus belle des vitrines pour la manufacture française de miroirs, un joli coup de marketing avant l'heure !